En ce moment, les responsables municipaux de Toronto enquêtent sur 16 dispensaires de cannabis qui opèrent sans permis. Il semble qu’il soit particulièrement difficile de faire fermer ces commerces qui profitent d’une zone grise de la loi. Cela dit, la pression s’accentue sur ces petits entrepreneurs qui risquent d’être bientôt rayés de la carte par un système de loterie controversé.

Des commerçants confus

Le conseiller municipal Jim Karygiannis explique qu’il est difficile de faire fermer les dispensaires de la ville, car la réglementation ontarienne est extrêmement floue. Karygiannis soutient que plusieurs acteurs locaux sont confus en raison du changement drastique imposé par le gouvernement de Doug Ford. Lors de son élection, ce dernier a abandonné l’idée de confier au gouvernement ontarien le monopole du cannabis.

La promesse de Ford de permettre aux entrepreneurs de vendre cette substance en aurait motivé plusieurs à ouvrir des commerces dans l’espoir d’obtenir un éventuel permis de vente. Jim Karygiannis croit que la priorité est de fournir un contexte clair à la fois aux entrepreneurs et aux clients qui désirent se procurer de la marijuana médicale ou récréative.

Cela dit, la ville de Toronto a bien l’intention de se débarrasser progressivement des dispensaires illicites. Kathryn Holm, la responsable des inspections municipales, mentionne que les propriétaires de boutiques non autorisées s’exposent à des amendes et même à des peines de prison. Holm affirme que les autorités municipales discutent présentement avec plusieurs propriétaires afin de s’assurer qu’ils ferment leurs commerces dans des délais acceptables. Toujours selon elle, plusieurs dissidents refusent de mettre fin à leurs activités malgré les possibles conséquences légales.

Un processus controversé

Présentement, le processus pour obtenir un permis de vente de cannabis en Ontario s’apparente à une loterie. Les intéressés doivent débourser la somme de 75$ afin d’avoir une chance d’obtenir le document tant convoité. Les heureux élus devront par la suite fournir une lettre de crédit de 50 000$ pour confirmer la viabilité de leur entreprise, en plus de débourser 10 000$ supplémentaires pour obtenir un permis d’exploitation. Mentionnons ici que des approches similaires ont été utilisées par le Manitoba et la Saskatchewan afin de distribuer des permis de vente de cannabis.

Abi Roach est la propriétaire du HotBox Cafe, un commerce qui vend des articles destinés aux fumeurs de marijuana depuis deux décennies. Selon Abi, le système actuel est absurde, car il place sur un pied d’égalité les experts du cannabis et les débutants qui décident de se lancer dans cette industrie sur un coup de tête.

De gros joueurs de l’industrie du cannabis partagent également cette opinion. Peter Horvath, le PDG de la compagnie américaine Green Growth Brands, affirme ne pas comprendre la décision du gouvernement ontarien. Selon lui, les permis de vente devraient être accordés aux entreprises qui possèdent une expérience en la matière. À l’origine, cette compagnie prévoyait ouvrir jusqu’à 25 boutiques à Toronto seulement. En raison du système de loterie, il est possible que le géant américain abandonne complètement l’idée de s’installer en Ontario.

Les candidats peuvent tenter d’appliquer pour l’obtention d’une autorisation de vente dès aujourd’hui. Les 25 premiers permis destinés aux commerces privés seront distribués à la grandeur de l’Ontario. Seulement cinq documents seront octroyés pour la région de Toronto. À la base, le gouvernement de Doug Ford prévoyait délivrer un nombre illimité de permis. En revanche, en raison de la pénurie de cannabis généralisée qui touche le pays, le nombre de boutiques sera limité pour une durée indéterminée.

Plusieurs, dont Jim Karygiannis, estiment que ce nombre ne sera pas suffisant pour répondre à la demande. La fermeture éventuelle de dispensaires illicites risque donc d’exacerber la frustration des clients qui désirent se procurer du cannabis. Évidemment, le crime organisé risque de se jeter sur cette opportunité de faire des profits.

Sources :

CBC.ca

Business.financialpost.com

Ledroit.com

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